Cryptologie
Les textes réglementaires enfin publiés
Enfin, ils sont publiés ! Avec plus d'un
an de retard, les décrets d'application des dispositions de la loi du 26
juillet 1996 de réglementation des télécommunications sur la
cryptologie sont enfin parus au Journal officiel (25 février 1998) : le
premier concerne les conditions dans lesquelles sont souscrites les déclarations
et accordées les autorisations, le second prévoit les conditions d'agrément
des tiers de confiance.
Le premier décret reprend la pyramide de procédures prévue par
la loi. Il commence par la dispense de formalité qui concerne les produits
ne procurant pas de fonctions de confidentialité, à l'exception de
ceux qui utilisent des conventions secrètes gérées par un tiers
de confiance.
Ce texte organise ensuite le régime de déclaration préalable
qui s'applique à la fourniture, l'importation ou l'exportation d'un moyen
ou d'une prestation de cryptologie n'assurant pas de fonctions de confidentialité.
Un régime simplifié de déclaration est par ailleurs prévu
pour les produits de signature ou de chiffrement des mots de passe dont "l'impossibilité
d'assurer des fonctions de confidentialité ne résulte pas d'un simple
dispositif de verrouillage".
Autre simplification, le texte prévoit la possibilité de soumettre
à déclaration des produits assurant des fonctions de confidentialité
qui doivent normalement faire l'objet d'une autorisation, à condition qu'un
décret fixe les catégories concernées. "Dans le cadre de
cet article, il est d'ores et déjà acquis que les logiciels de chiffrement
comportant une clé à 40 bits passeront en régime déclaratif,
comme l'a annoncé Lionel Jospin", explique Bertrand Warusfel, conseil
en propriété industrielle et spécialiste en réglementation
de cryptologie. Est-ce satisfaisant ? Selon lui, "Ce niveau de force est
bien sûr insuffisant pour les systèmes gérant des données
sensibles mais il convient tout à fait aux opérations courantes et
notamment aux transactions en ligne d'un faible montant". Ce seuil pourrait
même atteindre les 56 bits d'après Jean-Noël Tronc, conseiller
technique auprès de Lionel Jospin, chargé de la technologie et de
la société de l'information. Reste le problème de l'interopérabilité
entre les produits qui seront utilisés de manière limitée en
France et ceux employés à l'étranger de manière non bridée.
Quant à l'utilisation, la fourniture, l'importation ou l'exportation de
produits assurant des produits de confidentialité, l'autorisation reste
la règle, sauf l'utilisation non opérationnelle, comme les tests,
qui est dispensée de formalités.
Un des grands intérêts de ce décret consiste à prévoir
des délais : un mois pour les déclarations et quatre mois pour les
autorisations, passé ce délai le défaut de notification valant
accord. "Il s'agit d'une avancée importante par rapport au régime
actuel qui n'en prévoit pas. Aujourd'hui on peut voir en effet des dossiers
traîner en longueur. Dans le nouveau système, le fournisseur dispose
d'une plus grande sécurité juridique", constate Bertrand Warusfel.
Mais la grande nouveauté, qui est du reste inscrite dans la loi, revient
à l'introduction d'un système de liberté de crypter des messages
si les conventions secrètes sont gérées par des tiers agréés.
Afin de conjuguer la nouvelle liberté de chiffrement avec les nécessités
de sécurité publique qui rendent nécessaires le décodage
et l'écoute de messages suspects par les autorités judiciaires, le
législateur de 1996 a imaginé un régime de liberté à
condition que l'utilisateur se serve d'un produit dont les clés sont déposées
chez un tiers de confiance.
Un deuxième décret pris le 24 février dernier prévoit désormais
les conditions dans lesquelles vont être agréés les organismes
gérant des conventions secrètes pour le compte d'autrui. Les candidats
doivent respecter un cahier des charges contraignant. "Pour remplir les
conditions, l'organisme devra forcément disposer de moyens techniques et
humains importants. Et comme cette activité ne sera pas forcément
lucrative, surtout au début, les organismes intéressés seront
sans doute des prestataires de services qui disposent déjà d'une infrastructure
appropriée, tels que les banques ou les SSII orientées sécurité
et qui seront intéressées à développer une activité
en matière de signature électronique", estime Bertrand Warusfel.
Le décret a par ailleurs prévu des dispositions de transparence destinées
à établir un rapport de confiance entre l'utilisateur et l'organisme
agréé. Parmi les nouveaux droits de l'utilisateur, peut-on citer la
communication du cahier des charges, l'établissement d'un contrat ou l'accès
aux clés en cas de perte. On a également voulu rassurer l'utilisateur
en exigeant qu'une partie du personnel de l'organisme tiers de confiance soit
soumis au secret professionnel. On lui impose également une obligation
de sécurité, à l'instar de la loi "Informatique, fichiers
et libertés".
A part un décret qui doit fixer les catégories de produits passant
en régime déclaratif, les arrêtés viennent d'être publiés
(voir p. 91) ; le système est désormais opérationnel. Reste la
question de l'existence de produits adaptés. "Il faut maintenant convaincre
les fournisseurs de modifier leurs produits afin qu'ils puissent entrer dans
ce nouveau cadre", conclut Bertrand Warusfel, qui reste optimiste sur la
viabilité du système. Pour lui donner toutes les chances de succès,
le gouvernement va organiser une vaste consultation publique des acteurs concernés,
à l'automne prochain.
[Retour au sommaire] [Textes des décrets du 24 février 1998]