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16ème forum de l'APP
"Une communication responsable" dans un monde en mutation
par Sylvie ROZENFELD
Toulouse, ville rose. Toulouse, pôle de pointe
en matière de droit de l'informatique, qui a accueilli l'un des plus
intéressants forums de l'Agence pour la protection des programmes.
Coorganisé par le Dess "Droit et systèmes d'information",
il fut le théâtre d'échanges d'idées intensifs et
animés, du fait même de la qualité des intervenants et
de l'interactivité de ces deux journées.
Il était impossible de traiter du thème d'"une communication
responsable" dans les nouvelles technologies sans aborder la problématique
du numérique. Celle-ci ébranle certaines fondations du droit
d'auteur. Le professeur de droit, Xavier Linant de Bellefonds qui a ouvert
le colloque a justement mis le doigt sur les points sensibles. Il a commencé
par bousculer nos certitudes sur la distinction données/logiciels.
"Le droit distingue ces deux réalités avec un régime
dérogatoire pour le logiciel et une loi sur les bases de données.
Tout est construit autour de cette dichotomie alors que le technicien
ne la connaît pas". Analyse confirmée par Saïd
Tazi, responsable du Dess toulousain "Droit et systèmes d'information"
qui ajoute : "Aujourd'hui les programmeurs ne peuvent plus séparer
les données des programmes. On est dans l'ère de l'objet où
tout est conçu ainsi. Or la loi ne donne aucun éclairage sur
cette dichotomie". Christian Le Stanc, avocat au barreau de Montpellier
et directeur du Cuerpi à Grenoble, a évoqué une problématique
similaire. "A partir de combien de données, y-a-t-il base
de données ? Pour lui répondre Luc Dufresne, responsable
juridique de Spot Image a pris un exemple qu'il connaît bien ; "Dans
une image satellitaire, chaque pixel possède une valeur intrinsèque".
Et Xavier Linant de Bellefonds d'abonder dans son sens : "En effet,
un pixel peut modifier la portée d'un fichier comme une seule lettre
peut avoir une valeur informationnelle", répond-il à
Jean Devèze, professeur de droit à l'université de Toulouse,
qui évoquait la possibilité de modifier une lettre d'un mot
ou une virgule dans une oeuvre de Racine. Mais pour Jacques Larrieu, professeur
de droit privé à l'université de Toulouse et codirecteur
du Dess DSI : "Il s'agit d'une vision extensive de la notion de
données, qui correspond à une approche plus économique
que juridique".
Xavier Linant de Bellefonds a ensuite proposé d'introduire un troisième
moyen de communication d'une oeuvre au public. "La communication
par réseaux pourrait avoir un régime propre. Notre droit d'auteur
repose en effet sur les concepts de reproduction et de représentation.
Cela fonctionnait bien jusqu'à l'arrivée du numérique mais
celui-ci a fait perdre de la clarté à cette opposition".
La dématérialisation de l'oeuvre rend également difficile
la rémunération de l'auteur. "Avec le numérique,
on ne raisonne pas sur la base d'une prestation entière mais sur
la norme de la fraction. Il faut donc réaliser un décompte simple.
On peut tout compter, mais à quel niveau doit-on le faire ? Le plus
simple serait de mettre en place un paiement forfaitaire", envisage
Xavier Linant de Bellefonds. Il estime aussi qu'"il faudrait profiter
de la révolution du numérique pour ramener les sociétés
d'auteurs à leur rôle frontal entre le titulaire des droits
et le public, et ne plus être la cheville ouvrière d'un marché".
François Braize, sous-directeur des affaires juridiques au ministère
de la Culture, a d'ailleurs annoncé la nomination par Catherine Trautmann
d'une mission d'évaluation de la gestion collective des oeuvres,
douze ans après la loi du 3 juillet 1985.
Après l'ouverture de ce vaste champ de réflexion, le sujet de
la responsabilité des acteurs de l'internet a provoqué un débat
tout aussi animé. Après l'introduction brillante de Philippe
le Tourneau, professeur de droit privé à l'université de
Toulouse (voir p. 419), Jean Devèze a évoqué un paradoxe
du contentieux de l'internet. "Quand une victime saisit le tribunal,
elle ne se tourne pas vers les juridictions pénales mais civiles,
voire le juge des référés. Pourquoi une telle carence ?
La difficulté concerne les fournisseurs d'accès et d'hébergement.
Quand l'auteur est inconnu ou hors d'atteinte, comment imputer une responsabilité
à ces intervenants ? Les textes supposent que l'infraction soit consommée
et qu'il existe un élément moral ou du moins la connaissance
du fait. Or un fournisseur d'accès ne le connaît pas et s'interdit
de la connaître par contrat. En fait, la voie royale est celle de
la complicité. Le document litigieux transite grâce au fournisseur
et celui-ci a la possibilité technique d'y mettre fin".
Quant à Marie-Hélène Tonnellier, avocat au barreau de Paris,
elle a estimé : "Nous avons un peu trop rapidement écarté
la responsabilité contractuelle et nous n'avons pas suffisamment
parlé de l'obligation de surveillance. Elle gêne beaucoup les
fournisseurs d'accès alors qu'ils auraient ainsi la possibilité
de limiter leur responsabilité contractuelle". Ce point
était complètement partagé par Philippe le Tourneau qui
pense que des décisions de justice seront prises dans ce sens. Mais
Alain Duvochel représentant la Fédération régionale
des entreprises multimédia en Midi-Pyrénées s'est demandé
: "Jusqu'à quel point faut-il être vigilant ? Nous risquons
de voir ce que nous ne devrions pas voir". De façon pratique,
Marie Xuereb, chargée des affaires juridiques à la Caisse d'Epargne
Midi-Pyrénées qui est fournisseur internet, a raconté :
"Nous exerçons un contrôle de vigilance des sites. Et
nous disons que nous effectuons un contrôle technique pour éviter
d'être accusé d'immixion".
Le prochain forum de l'APP se déroulera à Grenoble, le 3 décembre
1999. D'ici là, le droit du numérique aura évolué
à grands pas.
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