Cédérom du procès du Sentier

Cavalerie et égalité des armes

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Des traites fictives, déposées dans ces bureaux de change contre du liquide, investi dans des contrats souscrits auprès d'assureurs complices : le célèbre quartier du Sentier, haut lieu parisien de la fringue en gros avait aussi ses aspects high tech, révélés à l'occasion de la découverte de la vaste escroquerie en "bande organisée" qui y a prospéré jusqu'en 1997. Aujourd'hui, c'est un énorme procès qui se met, difficilement, en place : avec ses 42 000 pages, le dossier concerne 540 millions de francs frauduleusement soutirés et 124 prévenus, mêlant commerçants et complices de blanchiment ; bref, 53 tomes d'une lourdeur inhumaine.
A cet excès de poids et de complexité, l'informatique est un remède souverain. Parce que l'outil semblait effectivement exemplairement opportun, certaines banques, parties civiles, l'avaient d'emblée adopté, allant même, dans un premier temps, jusqu'à croiser les comptes de leurs clients. La démarche était plus que suspecte au regard de la loi Informatique et libertés, même en tentant de faire valoir une conception plutôt aventurière de la notion.
Dans un second temps, les arguments en faveur de l'informatisation du dossier lui ont rendu ses lettres de noblesse : elle représente en effet le moyen le mieux adapté à l'instauration de l'égalité dans l'accès des parties au dossier. C'est ainsi que moyennant une somme d'environ 6 000 F, chacune d'elles peut disposer des cinq cédéroms qui lui permettent de maîtriser l'ensemble des éléments nécessaires. Malgré quelques irritantes difficultés d'utilisation - comment en serait-il autrement, avec un système non paramétrable, qui n'a pas été conçu par des avocats ? - les défenseurs concernés ont très favorablement accueilli l'initiative du Conseil de l'Ordre, qui, en accord avec la présidence du tribunal, a avancé la somme nécessaire à la numérisation.
Un objectif aussi louable et aussi consensuellement accepté peut autoriser une relative insouciance face aux critiques d'ordre purement théorique. Mais non les faire oublier, puisqu'il faudra, tôt ou tard les entendre, pour les faire cesser.
Des libertés en effet ont été prises avec le strict respect des dispositions relatives au secret de l'instruction, puisque une société de services est intervenue comme intermédiaire dans l'opération ; il reste à espérer que des engagements contractuels ont été pris dans ce sens... Par ailleurs, il aurait fallu imaginer un système qui permette l'identification de chaque exemplaire et indique l'origine d'une éventuelle diffusion illicite des informations.
Faut-il considérer comme négligeable cette ultime précision : le système permet de travailler sur PC, et non sur MAC ? La Justice est trop experte en symboles pour qu'un avocat puisse tenir le privilège accordé à Microsoft pour anodin.


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