les brèves du mois de janvier 98 :

Legifrance : un web citoyen en février 1998
40 codes
, le JO sur six mois, les textes importants et de la jurisprudence
Mécontentement des éditeurs
sur les tarifs de licence de rediffusion des données
Des recommandations du CNC sur le commerce électronique
La loi italienne gratuite sur le web
Vietnam : un accès sous contrôle à l'internet
Un cadre contractuel pour rassurer les fichés
Microsoft enjoint de cesser de forcer l'installation d'Explorer
Etats-Unis : le Net Act aggrave les sanctions contre la contrefaçon
Une association européenne des fournisseurs d'accès

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Diffusion gratuite du droit sur l'internet

Legifrance : un web citoyen en février 1998

Dès février prochain, une quarantaine de codes consolidés, le Journal officiel des six derniers mois et les grandes lois et décrets non codifiés devraient être disponibles gratuitement sur Legifrance, le site internet citoyen créé sous l'impulsion du discours d'Hourtin de Lionel Jospin (voir Exp. n° 208, p. 287). Mieux, ce site devrait posséder un volet jurisprudence ouvert à la mi-98. Devraient s'y trouver en ligne, les grands arrêts de la Cour de cassation, du Conseil d'Etat et du Conseil constitutionnel, les grandes décisions de l'année ainsi que, ponctuellement, les jugements qui font l'actualité.
Le contenu du futur site avait été établi et proposé à Matignon par une commission informelle composée notamment des représentants de la direction des Journaux officiels, du secrétariat général du gouvernement, de la commission de coordination de la documentation administrative, de la Cour de cassation, du Conseil d'Etat, du Conseil constitutionnel et d'ORT (le concessionnaire de la diffusion des bases de données juridiques publiques). D'après une source autorisée, Matignon aurait accueilli favorablement ces suggestions en optant pour une diffusion gratuite très large des "données essentielles". Lionel Jospin pourrait annoncer officiellement le contenu de Legifrance, en janvier prochain, lorsqu'il présentera son programme d'action du gouvernement pour l'entrée dans la société de l'information.
Ce site est baptisé Legifrance et non pas web citoyen (les initiales ne donnant pas un résultat très heureux). Il devrait être accessible via legifrance. gouv.fr. Et pour parer aux plaisantins et aux agissements parasitaires qui sévissent parfois sur l'internet, le SGG a réservé les noms de domaine legifrance.com et legifrance.org. Legifrance sera diffusé par ORT, dans le cadre de la concession, en binôme avec le site payant Jurifrance... si le traité de concession est signé avant le 31 décembre. La gratuité de la mise en ligne de nombreuses données modifie en effet l'équilibre économique de la concession. Si effectivement il n'était pas conclu, l'Etat pourrait être amené à indemniser ORT.



40 codes, le JO sur six mois, les textes importants et de la jurisprudence

A l'heure où nous écrivons cet article, l'Etat et ORT ne seraient pas encore tombés d'accord sur une solution qui permettrait à l'entreprise de compenser la baisse probable des ressources provenant des consultations et des licences de rediffusion des données (voir encadré). Au Sénat, lors des débats parlementaires sur le budget des Journaux officiels, "la suppression de redevances versées au Journal officiel" (par ORT) a été évoquée de manière interrogative, comme mode de financement de ce site, par le sénateur Pierre Laffitte. Mais Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'Industrie, n'a pas répondu à cette question. Comme les principaux intéressés, du reste.
Autre point qu'il reste à résoudre : ce site possède-t-il un webmestre chargé de collecter les textes et de les mettre en ligne ? Encore faut-il résoudre la question de sa rémunération et de son rattachement administratif. De qui recevra-t-il les ordres ?
Alors même que Legifrance n'a pas encore commencé à diffuser, des frondes se sont déjà formées contre cette mise en ligne parcellaire du droit. Malgré ses bonnes intentions, la marge de manoeuvre du gouvernement reste limitée par l'existence même de la concession qui confère à ORT l'exclusivité de diffusion et de cession des bases de données juridiques. Doit-on accepter les contraintes du décret du 31 mai 1996 qui fixe les modalités de la concession alors que les rédacteurs du décret n'avaient pas prévu le raz-de-marée de l'internet, pourtant déjà bien visible ? Ou bien doit-on remettre en question la concession, comme certains appellent à le faire, au nom de la transparence de l'Etat, de l'égalité d'accès au service public et de la démocratie ? Mais là, nous nous éloignons de la sphère juridique pour pénétrer dans un domaine plus politique.
Certains sont en effet partisans d'une diffusion directe des données juridiques par l'Etat lui-même. En dehors de la question de l'indemnisation d'ORT, le prix de la constitution d'un site gratuit public ne serait pas forcément prohibitif. Comme le rappelle Jacques Toutain, directeur du service informatique du Sénat qui possède un site très intéressant (www.senat.fr), "le coût de diffusion des données n'est pas très important, contrairement à celui de leur production. Au Sénat, nous sommes producteurs d'informations et l'internet nous permet de les diffuser avec des budgets très raisonnables. Dès le début en effet, nous avons intégré production et diffusion".
Du côté de la Commission européenne qui va gratuitement mettre en ligne 800 000 textes (traités, législation en vigueur, textes législatifs consolidés, jurisprudence et JOCE L et C des vingt derniers jours), le commissaire Marcelino Oreja a divulgué le coût selon lui "fort raisonnable" de EU Law Service : 275 000 écus pour la création du site et 590 000 écus pour la première année. Quant au site du Sénat, il a coûté 300 000 francs, depuis sa création en décembre 1995. Bien sûr dans ces deux cas, les producteurs diffusent leurs données. Une mise en ligne à peu de frais du droit qui émane de différentes sources, supposerait que le processus de production des données soit repensé en fonction de cette diffusion.
Le chantier de la mise en ligne gratuite de données juridiques connaît moult difficultés et rebondissements. Espérons que cette expérience, non encore achevée, servira à la diffusion des données publiques de manière générale.


Mécontentement des éditeurs sur les tarifs de licence de rediffusion des données l'internet

Les conditions de rediffusion des données provenant des bases de "la concession de service public des bases de données juridiques" ont été présentées par le SGG aux éditeurs le 10 décembre dernier.
Le prix des licences a été jugé très onéreux par les éditeurs. Selon ces derniers, seuls les plus importants d'entre eux pourront utiliser le système mis en place. Celui-ci provoque également le mécontentement de certains producteurs de données qui vont voir diminuer les revenus tirés de la commercialisation de leurs données, comme la Cour de cassation qui diffuse des arrêts via son fonds de concours.
Le système des licences de rediffusion a été mis en place par le décret du 31 mai 1996 qui fait obligation au concessionnaire "de céder sur support numérique, les données qu'il détient à tout tiers qui se propose de les rediffuser. Cette rediffusion fait l'objet d'une licence délivrée au nom du concédant par le concessionnaire et fixant, conformément à des conditions générales énoncées dans la concession, une rémunération équitable du concessionnaire et le respect, par le rediffuser, d'exigences d'intérêt général".


Des recommandations du CNC sur le commerce électronique

Le Conseil national de la consommation a adopté, le 4 décembre 1997, des recommandations sur le commerce électronique (BOCCRF du 9 décembre).
Le CNC qui exclut les relations interentreprises et de particulier à particulier a examiné les sites où le con-sentement final du consommateur est demandé.
Il recommande que les sites commerciaux soient clairement identifiés et appelle à une meilleure indexation par les moteurs de recherche. Le CNC a par ailleurs constaté qu'il existe un problème quant à la conformité et la sécurité des produits offerts et demande une veille technologique sur les contrefaçons ou ceux non conformes, mis en vente sur le réseau.
Quant aux stipulations congratule-les, le CNC rappelle que l'usage des nouvelles technologies ne doit pas diminuer l'information fournie au consommateur.
Pour les produits physiques, le CNC préconise l'envoi par écrit et sur support durable des informations contractuelles. Quant aux livraisons en ligne, un mél. de confirmation est recommandé.


La loi italienne gratuite sur le web

Depuis l'été dernier, toutes les lois votées par le parlement italien sont accessibles gratuitement sur un site web créé par les deux chambres. On y trouve également les projets de loi, les différents amendements présentés et le texte définitif de la loi, diffusé avant même sa promulgation par la présidence de la République et sa publication officielle.
En France, un tel projet est à l'étude mais, selon la lettre d'information "Infotecture", les deux chambres ne seraient pas d'accord sur les modalités. Le Sénat pencherait sur un site commun et l'Assemblée nationale souhaiterait la création de deux sites dont la présence de liens croisés permettrait de suivre le processus législatif d'une chambre à l'autre.


Vietnam : un accès sous contrôle à l'internet

Le Vietnam a annoncé qu'il allait s'ouvrir à l'internet au début de l'année prochaine. Quatre fournisseurs d'accès devraient recevoir une licence gouvernementale. En dehors des problèmes qui se posent en raison de la très faible capacité du réseau vietnamien, les individus n'auront pas accès à toutes les facettes de l'internet. Le ministre de l'Intérieur a indiqué qu'ils ne seront pas autorisés à participer à des discussions en ligne relatives à l'économie, la politique, la culture ou les questions sociales. L'envoi de données codées sera évidemment prohibé et des "firewalls" seront installés pour contrôler l'information et les abonnés. Enfin, les fournisseurs de services et d'accès seront tenus d'informer les services de sécurité sur le contenu des informations qui sont diffusées, pendant un temps indéterminé.


Protection des données nominatives aux USA

Un cadre contractuel pour rassurer les fichés

Plus l'internet se généralise, plus les utilisateurs américains, qui ne disposent pas d'une législation aussi protectrice qu'en Europe, s'inquiètent du sort qui est réservé aux données les concernant. Fidèle aux pratiques américaines, une association, soutenue par the Electronic Frontier Foundation, a imaginé un mécanisme contractuel qui protège les personnes qui font des achats ou dont leurs données nominatives circulent sur l'internet.
Le dispositif imaginé par Trust.e repose sur une charte à laquelle les entreprises adhèrent et le font savoir par l'apposition d'un sigle sur la page de présentation de leur site.
Tous ceux qui affichent le pictogramme s'engagent à respecter les principes de base inscrits dans la charte. Ils doivent indiquer le type d'informations collectées, la façon dont le site les utilise, les destinataires éventuels, la possibilité pour une personne de s'opposer à l'utilisation de ses données par le site ou par un tiers, etc. Et gare à ceux qui ne respectent pas ces engagements minimum. Au mieux, le site sera audité par Trust.e, au pire il sera dénoncé par un internaute qui aura constaté une non-concordance entre la charte et la réalité du site.
Les manquements ne seront évidemment pas sanctionnés pénalement mais par des pénalités contractuelles, l'exclusion de la qualité de membre ou la résolution du contrat. Une manière habile mais limitée à ceux qui s'y sont soumis pour compenser l'absence d'une législation protectrice des données personnelles telles qu'il en existe en Europe et rassurer le public.


Microsoft enjoint de cesser de forcer l'installation d'Explorer

Microsoft vient de voir ses pratiques commerciales une nouvelle fois stigmatisées. Le 11 décembre dernier, un juge fédéral de Washington DC vient d'enjoindre Microsoft de cesser d'imposer aux constructeurs informatiques l'installation de son navigateur Internet Explorer sur leurs ordinateurs, en même temps que son système d'exploitation Windows 95. Ces derniers restent néanmoins libres de choisir Explorer ou son concurrent Netscape. En revanche, le tribunal a refusé d'assortir cette injonction d'une astreinte d'un million de dollars par jour, comme l'avait demandé le département de la Justice, à l'origine de cette affaire.
Même s'il s'agit d'une décision à forte charge symbolique, il est encore trop tôt pour estimer l'impact qu'elle aura à l'avenir. D'abord, il s'agit d'une décision conservatoire. Pour l'éclairer en vue du jugement définitif qui pourrait être rendu à l'automne prochain, le tribunal a nommé un expert judiciaire en informatique qui doit remettre son rapport le 31 mai prochain. Ensuite, les parties pourraient faire appel de cette décision et possiblement soumettre la question à la Cour suprême des Etats-Unis. Enfin, le jugement fédéral ne produit pas d'effets à l'extérieur des Etats-Unis.


Etats-Unis : le Net Act aggrave les sanctions contre la contrefaçon

Contrairement au droit français, il n'était jusqu'à présent pas possible de sanctionner pénalement un contrefacteur d'oeuvres protégées aux Etats-Unis. A l'heure de l'internet, les éditeurs de logiciels ont durement éprouvé cette faiblesse du système juridique américain qui a permis récemment à plusieurs pirates informatiques qui diffusaient gratuitement des contrefaçons de logiciels sur des serveurs internet de bénéficier de non-lieux.
Le Congrès américain, sensibilisé par l'action de lobbies concernés par ce phénomène et soutenu par le Copyright Office, vient d'adopter le No Electronic Theft Act (Net Act) qui comble cette faille. Est désormais considérée comme un "crime" fédéral, la reproduction ou la distribution classique ou électronique, pendant une période de 180 jours, d'une ou plusieurs copies d'oeuvres protégées par le copyright dont la valeur est supérieure à 2 500 dollars. Les sanctions prévues s'élèvent à cinq ans de prison et 250 000 dollars d'amende.
Les réfractaires du Net Act ont néanmoins obtenu, à l'arrachée et au dernier moment, que l'intention soit exigée pour les poursuites. Dans le texte d'origine, la copie même automatique d'une oeuvre pouvait générer des poursuites pénales.
Après ce texte réformateur, le Congrès se prépare au débat sur la transposition des traités adoptés par l'OMPI en décembre 1996 afin d'adapter ce droit à l'ère numérique.
Quatre projets de loi ont été déposés, deux au Sénat et deux à la Chambre des représentants.


Une association européenne des fournisseurs d'accès publiques

Cette toute jeune profession s'organise déjà en groupe de pression auprès de la Commission européenne en installant à Bruxelles l'EuroIPSA, qui représente 400 fournisseurs d'accès à l'internet regroupés dans sept associations française (AFPI), italienne, espagnole, allemande, belge, britannique et hollandaise.
Parmi ses objectifs, l'EuroIPSA entend notamment promouvoir l'autorégulation et influencer le processus de régulation au nom de ce secteur et encourager le développement d'un marché de télécommunications libre et ouvert. De façon générale, cette association veut devenir le principal porte-parole des professionnels de l'internet en ce qui concerne les affaires européennes.


 

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