les brèves du mois d' avril 2000 :

Un an de prison pour des achats illicites sur le net
Un second conflit sur le nom de domaine "Relais & Chateaux"
Vente aux enchères de noms de domaine
E-commerce : la CCIP pose ses jalons juridiques
Le Conseil de l'Europe prépare une convention sur le cybercrime
Signature électronique : Le gouvernement prêt à publier le premier décret au printemps
Le Sénat réintroduit les ventes aux enchères en ligne

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Un an de prison pour des achats illicites sur le net

Le tribunal correctionnel de Mâcon vient de condamner à un an de prison un ancien détenu qui avait effectué des achats sur internet en se servant de numéros de cartes bancaires récupérées sur des facturettes abandonnées près des caisses de supermarchés. En juin et juillet 1999, il avait commandé en ligne, pour un montant de 400 000 F, du matériel informatique dont des portables qu'il faisait livrer à différentes adresses.
En détention provisoire pour ces actes, le délinquant avait bénéficié précédemment d'une formation informatique quand il était en prison.


Un second conflit sur le nom de domaine "Relais & Chateaux"

Pour la seconde fois, l'association "Relais & Châteaux" a dû défendre ses droits dans le contexte de l'internet. Voici près de quatre ans, le tribunal de grande instance de Paris avait déjà reconnu que la marque, le logo et la dénomination sociale "Relais & Châteaux" ne pouvaient être utilisés pour une adresse électronique sans droit. Il avait interdit à un fournisseur d'accès de maintenir le site de l'association touristique alors que le contrat d'hébergement avait été résilié.
Et pour la seconde fois, une ordonnance de référé du TGI rappelle que "Relais & Châteaux" est protégé en tant que marque, logo et dénomination sociale. En conséquence, elle ordonne, dans une décision du 22 février dernier, que la société "Les grandes étapes françaises" qui avait enregistré le nom de domaine "relais-chateaux.com" effectue le transfert auprès de l'Internic, sous astreinte de 10 000 F par jour. Par sécurité, le tribunal demande que la décision soit notifiée à cet organisme "pour que celui-ci puisse en cas d'inaction de la défenderesse procéder d'office à ce transfert".
Cette décision apporte ainsi une pierre supplémentaire à l'édification du "droit des noms de domaine" qui représente aujourd'hui la part la plus importante du contentieux de l'internet, qu'il soit résolu de manière judiciaire ou amiable.


Vente aux enchères de noms de domaine

L'éditeur d'un site et son hébergeur sont condamnés in solidum à verser 170 000 F de dommages-intérêts aux Trois Suisses, 3 S H, La Redoute et Quelle La Source pour l'enregistrement de noms de domaine comportant leurs marques.
Le site "funny-picture.com" avait organisé une vente aux enchères d'un lot de noms de domaine parmi lesquels figuraient les grands noms de la vente à distance. La mise à prix avait été fixée à 1 500 000 euros à négocier. Le 31 janvier dernier, le TGI de Nanterre (92) a donc estimé que le responsable du site avait engagé sa responsabilité civile en utilisant ces marques dé-posées. Il a en outre considéré que le fournisseur d'hébergement avait manqué à ses obligations de prudence et de vigilance, d'autant plus qu'il s'agissait de dénominations notoires. La société participe en effet aux formalités d'enregistrement. Elle aurait par ailleurs dû vérifier l'étendue des droits de l'éditeur sur les marques qu'il mettait en vente. Enfin, comme c'est désormais courant en matière de noms de domaine, le tribunal a ordonné aux personnes condamnées de procéder aux opérations de transfert des noms de domaine au profit des distributeurs.


E-commerce : la CCIP pose ses jalons juridiques

A l'heure où la France est en train d'adapter son droit pour permettre l'essor du commerce électronique, la Chambre de commerce et d'industrie de Paris a fait connaître ses options juridiques dans un texte (*) présenté par Jean-Pierre Saillard.
La CCIP plaide en faveur de l'autoresponsabilisation des acteurs de l'internet par "la concertation au sein d'organismes d'échanges, réunissant tous les intervenants, publics et privés, et qui pourraient, par exemple, homologuer des modèles d'actions et de contrats". Cette autorégulation s'articulerait toutefois autour d'un "cadre juridique de base".
La Chambre se prononce ensuite sur l'épineuse question de la loi applicable, en prenant parti pour le choix des cocontractants dans les relations interprofessionnelle et pour la loi du pays du vendeur, quand des consommateurs étrangers sont impliqués. "Mais, les entreprises doivent être clairement averties de la possible mise en œuvre de l'application impérative du pays du consommateur lorsqu'elle est plus protectrice des intérêts de ce dernier", souligne la CCIP. Du côté de la juridiction compétente dans les relations interentreprises, elle réaffirme le principe de liberté de choix des parties. Quant aux rapports avec les consommateurs, elle indique qu'"il serait préférable d'appliquer le régime du droit commun qui prévoit la possibilité d'assigner le défendeur -entreprise ou consommateur- devant le juge du pays d'exécution de l'obligation (délivrance du bien ou fourniture du service".
Après avoir rappelé l'urgence de libéraliser la cryptologie, la CCIP prône les grands principes de la protection des données personnelles dont le recueil du consentement ou le droit d'opposition. En revanche pour les traitements courants, elle appelle à "la dispense de formalités comme pour les fichiers d'entreprises qui ne comportent que le nom des responsables et restent à usage strictement professionnel".
Elle termine sur la question controversée de la responsabilité des professionnels de l'internet et demande qu'en contrepartie des limitations de responsabilité, ces derniers accomplissent des diligences et qu'ils mettent en œuvre de procédures de notifications préalables avant d'éventuelles coupures de sites. Quant aux auteurs de contenus illicites, elle se prononce en faveur de la responsabilité en cascade. (*) "Aspects juridiques de la société de l'information et du commerce électronique".


Le Conseil de l'Europe prépare une convention sur le cybercrime

Le Conseil de l'Europe s'apprête à finaliser un projet de convention internationale relative à la criminalité dans le cyberespace pour la fin de l'année. Ce texte, qui s'inscrit dans la démarche tracée par les recommandations du Conseil de 1989 sur les infractions informatiques et celle de 1995 en matière de procédure pénale, a pour objectif d'harmoniser les législations de manière à lutter efficacement contre la criminalité informatique.
La volonté d'élaborer un tel texte a été déclenchée par une étude réalisée en 1997 au sein du Conseil de l'Europe, qui a révélé le faible nombre d'Etats dotés d'un semblable dispositif législatif, en dehors des infractions traditionnelles du droit pénal. L'étude a également montré la disparités des législations spécifiques, quand elles existent. Ces grandes différences rendent en effet difficile la répression de telles fraudes au niveau international.
Les travaux auxquels participent les quarante et un membres du Conseil et quatre Etats extérieurs (les Etats-Unis, le Canada, le Japon et l'Afrique du Sud) ont donc commencé en mai 1997. Aujourd'hui quasiment finalisé, le projet de traité se divise en trois parties. La première propose une liste d'infractions informatiques qui concernent les délits commis à l'aide des systèmes d'information, ceux touchant aux contenus et ceux spécifiquement dédiés à la pédophilie.
La seconde partie du document préparatoire s'attache à la procédure pénale. Elle prévoit notamment l'instauration de saisies et de perquisitions dans les systèmes d'information. Il est par ailleurs envisagé de créer une obligation de conservation des données relatives au trafic et au contenu, indispensables pour reconstruire les traces du délit. Reste encore à trancher le point controversé de la responsabilité des prestataires techniques d'internet.
Enfin, le troisième volet porte sur l'entraide judiciaire et l'extradition. Certes, des conventions de coopération judiciaire existent déjà mais la mise en œuvre effective reste lente. Or, les technologies de l'information imposent une action rapide.
Si le texte est finalisé vers la fin de l'année, il pourrait être signé vers l'été 2001. Resterait aux Etats à le ratifier.


Signature électronique

Le gouvernement prêt à publier le premier décret au printemps

Le 29 février dernier, l'Assemblée nationale a adopté, dans les mêmes termes que le Sénat, le projet de loi "portant adaptation du droit de la preuve aux technologies de l'information et relatif à la signature électronique ". Pour devenir réellement effectif, ce texte doit encore être complété par un décret d'application en Conseil d'Etat afin de fixer les conditions d'exercice de la certification des écrits électroniques et leur mode d'archivage. Ainsi, des points très importants pour la mise en œuvre de la loi vont être arrêtés par le pouvoir exécutif, avec beaucoup moins de débat et de transparence qu'au parlement.
Préparé conjointement par les services du secrétariat d'Etat à l'Industrie et ceux de la Chancellerie, ce texte devrait comporter les dispositions de la directive européenne sur les signatures électroniques concernant plus particulièrement la nature des certificats et les exigences vis-à-vis des prestataires de services. Ces derniers permettront d'identifier de manière fiable l'émetteur et le destinataire d'un message, de garantir l'intégrité des données transmises, voire de proposer leur horodatage pouvant faire foi comme le cachet de la Poste. Ce futur décret devrait par ailleurs mettre en place un système d'accréditation des services de certification.
Bientôt finalisé, ce projet de décret doit encore faire l'objet d'une concertation interministérielle et d'une consultation auprès d'organismes tels que le SCSSI (Service central de la sécurité des systèmes d'information) ou la Cnil (Com-mission nationale de l'informatique et des libertés). Le texte définitif pourrait être publié dans les semaines à venir.
Un second décret devra par ailleurs être pris pour les actes authentiques, disposition introduite par un amendement du Sénat. Ce texte aura pour objet de fixer les règles d'établissement et de conservation des actes authentiques dématérialisés afin de créer un véritable formalisme électronique qui se substituera aux exigences attachées au support papier. Il devrait notamment envisager les modalités du contrôle par l'officier public, de la réalité du consentement de la partie qui s'oblige, et les conditions dans lesquelles pourrait être apposée la signature électronique des parties et de l'officier public sur l'acte authentique. Par ailleurs, le futur décret devrait garantir aux générations à venir l'accès à des données non altérées.
Elisabeth Guigou a annoncé la constitution d'un groupe de travail, réunissant juristes et experts, chargé d'étudier les mesures à intégrer dans ce tex-te réglementaire. En attendant son élaboration, le gouvernement a exprimé sa volonté de voir publier dans les plus brefs délais, le premier décret d'application qui devrait permettre au commerce électronique de se développer dans la confiance.


Le Sénat réintroduit les ventes aux enchères en ligne

Alors que les députés avaient écarté les ventes aux enchères volontaires en ligne du champ d'application du projet de loi "portant réglementation des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques" adopté le 22 décembre 1999, les sénateurs à l'initiative de cette proposition viennent de la réintroduire le 23 février dernier. La commission des lois du Sénat explique qu'elle a voulu "éviter que les ventes aux enchères sur internet n'échappent à toute réglementation et se développent anarchiquement sans offrir aucune protection au consommateur, ce qui présenterait de graves risques de dérives et confronterait les futures sociétés de ventes à une concurrence inéquitable".
Les députés avaient supprimé cet article 2 bis, se ralliant ainsi à la position du gouvernement. Ce dernier avait en effet estimé préférable de traiter la question après une large concertation, dans le cadre plus général du commerce électronique. Reste à savoir si les représentants de l'Assemblée nationale resteront sur cette position lors de l'examen en seconde lecture du projet de loi, prévu en avril prochain.


AUTRES BREVES...

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