par Jacques-Georges BITOUN
Avocat au barreau de Sirius
| 400 000
crédits galactiques pour un exemplaire, certes en très
bon état, du numéro 1 dExpertises ! Nul ne
sattendait à une telle enchère ! Depuis quelques temps lunivers se passionne pour les origines du quatrième cerveau de lhomme : le petit implant qui relie entre eux tous les Humains à lunité centrale sur lastéroïde protégé et défendu, caché dans un amas stellaire connu seulement par les quelques sages ou prétendus tels qui organisent aujourdhui lUnivers. Limplant de quelques millimètres quon place à notre naissance dans le cerveau, était à lépoque à lextérieur du corps. Il sappelait ordinateur et prenait une place considérable. Les images, les textes, la musique enregistrés relevaient de ce quon appelait le copyright ou droit dauteurs et des artistes interprètes. Il est difficile de comprendre cette notion pour des êtres comme nous pour lesquels la création artistique et la recherche scientifique sont leur activité essentielle et qui livrent à la communauté les résultats de leurs travaux. En ce temps-là les auteurs et les interprètes étaient peu nombreux et étaient payés ! Pourtant avant la période dite "des colloques" sur le multimédia, un vent de révolution avait traversé lhumanité grâce à l'Internet. Convivialité, gratuité, résistance à lordre établi, originalité : un monde nouveau sapprêtait à naître. Mais vinrent les "Point com" et le rêve sécroula. Si la galaxie est aujourdhui peuplée de Mozarts, de Rembrandts et de Sagans, cest que pendant la période dite "génétique", les manipulations autorisées ont permis aux trois-quarts des terriens de fabriquer les enfants tels quils les désiraient. Aujourdhui si ces manipulations sont interdites ou très soigneusement contrôlées il nen reste pas moins un héritage qui a profondément bouleversé le patrimoine génétique de lhumanité. Pour nos contemporains, en mesure de souvrir ou de se fermer à volonté à la communication permanente avec les autres hommes à travers lunité centrale, il est difficile de concevoir quà lépoque du numéro 1 dExpertises, il fallait que des juges sinterposent pour protéger la vie privée des gens. Combien defforts a-t-il fallu aux Terriens dabord, aux autres Galactiques ensuite, pour trouver des "lois" et des "règlements", sortes de prothèses sociales qui empêchaient les Humains de se "voler" des idées, des créations, des inventions, dutiliser limage des autres et de la vendre ? Comment imaginer aujourdhui que la culture, le savoir, léducation devaient se "payer" ? Quà lépoque dExpertises n° 1, un homme sur cent mille à peine pouvait accéder à une instruction solide ? Alors que moins dun homme sur un million comprenait un phénomène aussi simple que lélectricité, nos fous dancêtres pensaient pouvoir maîtriser par des règles la poussée irrépressible de leurs descendants vers la Connaissance. Sans doute a-t-il fallu passer par ces "lois" qui nous amusent tant aujourd'hui, toutes différentes pour chaque petit morceau de la Terre, pour quun semblant déquité se fasse jour jusquau moment où les esclaves mécaniques et cybernétiques ont remplacé lHomme dans ce quils désignaient sous le nom de "travail". Si ce numéro 1 dExpertises a tant dimportance pour nous en 3750, cest quen essayant de comprendre les Hommes du XXème siècle comme eux-mêmes tentaient de comprendre leurs ancêtres, les préoccupations des hommes de lépoque nous révèlent à nous-mêmes. Je voudrais pouvoir voyager dans le temps pour aller voir ces hommes du XXème siècle qui sagitaient autour du "droit des multimédias" dans Expertises pour leur livrer un message. "Toute votre activité a lair dêtre basée sur le profit, sur la compétition entre les Hommes, entre ce que vous appelez vos entreprises et ce que vous dénommez vos pays, dans le seul but, pour certains dentre vous daccumuler stérilement des richesses que vous ne pouvez même pas dépenser et que vous nemportez pas dans la mort". "Comment vous expliquer quil existe dautres ressorts que la brutale avidité qui transparaît dans tous vos actes et que vos lois canalisent sans linterdire ?". "Quelle différence entre vous et les Hommes des cavernes qui devaient manger leurs voisins pour survivre" ? Je voudrais pouvoir retourner en arrière pour leur faire comprendre quils portent en eux des pulsions aussi fortes mais bien plus positives ; quils pourraient faire progresser leur espèce et trouver leur accomplissement sans pour autant détruire ou asservir les autres. Mais au fond, ceux qui liront cet article dans le numéro 21210 dExpertises ne me trouveront-ils pas aussi barbare que ceux que je crois deviner à travers les lignes de leur revue des années 1990 ? Peut-être était-il indispensable, avant de trouver dautres moteurs que largent, de protéger les droits des créateurs et de leurs interprètes parce que beaucoup ne songeaient quà se servir de leur génie sans même les nourrir. |
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IDDN.FR.010.0000785.000.R.A.1998.026.40100
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