par Jean DONIO
Professeur à l'Université de Paris II
| Pour repérer
le temps et calculer les durées, l'homme a créé les
"calendriers". Il s'agit de tables, systèmes
de calcul et algorithmes basés pour la plupart sur les
phénomènes astronomiques, essentiellement ceux des
cycles solaires et lunaires. Examinons d'abord la manière dont les calendriers fonctionnent aujourd'hui, puis la façon dont la tenue des jours et des ans est faite en informatique, et enfin les problèmes techniques que posera de ce fait le passage de l'an 2000. Les principes de fonctionnement des calendriers actuels Les premiers hommes qui ont réfléchi aux aspects
calendaires du temps n'avaient qu'une faible connaissance
des phénomènes astronomiques dont on a acquis de nos
jours une connaissance plus complète. Ils se sont donc
basés essentiellement sur la durée de la révolution
apparente du soleil autour de la terre, c'est-à-dire
l'année tropique correspondant à la durée qui sépare
deux passages consécutifs du soleil par le point
équinoxial
Pour ce qui est de la lune, elle a un cycle de rotation autour de la terre de 28 jours, mais la nécessité de faire cadrer tout calendrier avec les saisons autant que faire se peut, a entraîné la création de calendriers lunaires de 12 mois, ou lunaisons, alternativement de 29, puis de 30 jours. Ceci entraîne que l'année lunaire est de 354 jours, d'une durée trop courte et qu'il faut rattraper d'une manière ou d'une autre : qui plus est, le début des saisons n'est pas synchrone avec un tel calendrier. Enfin, certains calendriers dits luni-solaires, comme le calendrier hébraïque, envisagent des années de longueur inégale, qui se succèdent suivant des règles compliquées, de telle sorte que tous les 19 ans (correspondant au cycle de Meton, et équivalent à 235 lunaisons), le commencement de l'année hébraïque et celui de l'année solaire sont synchrones. Les calendriers existants Dans la Rome antique, le compte des jours était laissé à la discrétion des "Pontifiés" qui réglaient de manière discrétionnaire les problèmes tels que les échéances fiscales, les prises de fonction des magistrats, etc. En l'an 45 avant J.C., Jules César, conseillé par l'astronome grec Sosigène, établit une réforme du calendrier, qui devint alors le calendrier julien, dont le point essentiel était de redoubler tous les 4 ans à la date du 24 février, un jour appelé à devenir le "bis sextus dies ante calendas Martii", d'où le mot "bissextile". Qui plus est, cette réforme imposa que le début de l'année, qui était fixé alors au 1er mars, soit ramené au 1er janvier. Il en a résulté que les mois n° 7, 8, 9 et 10 précédemment intitulés "septembre, octobre, novembre et décembre", ont été déplacés à la fin de l'année, sans changer de nom. Cette réforme de l'année bissextile, pour importante qu'elle soit, a établi pour durée de l'année 356,25 jours, au lieu de 365,2422 jours. Il reste donc un léger décalage des saisons de 0,72 heure par siècle environ. Au Moyen Age, cette différence et les nécessités liturgiques entraînent des calculs compliqués, appelés "Comput ecclésiastique", qui prennent en compte prioritairement la fixation de la date de Pâques, selon l'algorithme suivant : "Pâques est le premier dimanche qui suit la 14ème nuit de la lunaison comput tombant le 21 mars ou immédiatement après". En 1582, le pape Grégoire XIII définit le calendrier grégorien, qui rattrape un décalage de 10 jours existant à l'époque, et qui supprime tous les quatre siècles trois années bissextiles séculaires : seules restent bissextiles les années séculaires multiples de 400, comme par exemple l'an 2000. Le calendrier grégorien s'impose successivement à Rome (pour laquelle le jeudi 4 octobre 1582 est suivi par le vendredi 15 octobre 1582), en France (pour laquelle le dimanche 9 décembre 1582 est suivi par le lundi 20 décembre 1582), et deux siècles plus tard, en Grande-Bretagne, (où le mercredi 2 septembre 1752 est suivi par le jeudi 14 septembre 1752), puis en Russie en 1918, et en Grèce en 1923. Il correspond aujourd'hui à une année tropique de 365,2425 jours, qui laisse subsister un écart de 3 jours tous les 10 000 ans, par rapport à la réalité astronomique : aucune action corrective n'a encore été entreprise à ce sujet. En France, la révolution française a modifié le calendrier grégorien pour un peu plus de 6 ans (entre le 24 novembre 1793 et le 1er janvier 1806) : l'an 1 du calendrier républicain a débuté le 22 septembre 1792, époque à la fois de l'équinoxe d'automne et de la fondation de la République. L'année républicaine était divisée en 12 mois de 30 jours, laissant un reste de 4,2422 jours par an, dits "jours sans culottides", qui devaient être consacrés aux fêtes républicaines. Les 12 mois étaient divisés en trois groupes de 10 jours intitulés respectivement primidi, duodi,..., nonidi, decadi. Au bout de 6 ans, le calendrier grégorien, trop différent des usages et trop éloigné des besoins, était abandonné : depuis, le calendrier grégorien s'est imposé dans pratiquement tous les pays du monde. Le calendrier musulman est typiquement un calendrier lunaire qui fait coïncider le jour de l'an musulman avec le premier jour du 1er mois, l'égire (c'est-à-dire le départ du prophète pour Medine) étant célébré le 1er jour du 3ème mois ; le 9ème mois est celui du Ramadan. Il en résulte que ces événements religieux tombent chaque année à des dates différentes du calendrier grégorien. Enfin, citons pour mémoire la mise en place du concept de "siècle julien" de 36 525 jours à comptage uniforme, pour lequel les éphémérides du bureau des longitudes ont publié des tables donnant pour chaque nouvel an, sur un total de 7 980 années (allant de -4 712 à +3 267) la coïncidence avec le numéro séquentiel du jour dans le siècle julien. Le nombre "36525" est un multiple commun de trois périodes qui interviennent dans le comput ecclésiastique. Les technologies de mise à l'heure et de conservation du temps des systèmes informatiques Aujourd'hui, les technologies informatiques s'appuient sur des dispositifs de conservation du temps, et de calcul des durées, basés sur les oscillations d'un quartz : il s'agit là de dispositifs précis et fiables. Ce n'est donc plus sur les mécanismes de représentation du temps que les problèmes se posent aujourd'hui, mais bien sur les algorithmes de repérage du temps en fonction des différents critères et événements religieux que nous avons exposés ci-dessus. Conclusion Le passage à l'an 2000 va créer pour les informaticiens une brève période d'incertitude et d'hésitation. En effet, si les dispositifs de conservation et de calcul du temps sont aujourd'hui technologiquement bien au point, par contre les modalités qui permettent de repérer le temps par rapport à sa définition d'origine (c'est-à-dire sa définition astronomique), et aux différents calendriers qui en ont découlé laissent toujours planer le doute et l'imprécision. Qui plus est, depuis l'avènement des micro-ordinateurs dans les années 80, on a souvent pris l'habitude de repérer les dates en jours, en mois, et en années, mais à partir des années de référence 1900 ou 1980, et en ne laissant subsister la plupart du temps que les deux chiffres finals, pour indiquer les dates en cours. Une telle pratique va se heurter à des problèmes de confusion possible, lorsque nous arriverons à l'an 2000 : en effet, le passage du 20ème siècle au 21ème siècle provoquera le changement des chiffres 99 aux chiffres 00, ce qui entraîne des complications non prévues initialement dans le calcul des durées, qui d'habitude obéissent à la formule "date finale - date d'origine" ; dans le cas présent, ce calcul aboutit à des durées négatives, ce qui est impossible. Il est donc nécessaire avant que l'an 2000 ne soit là, de remédier par avance à ces difficultés, incomplétudes et calculs défectueux, pour que les êtres humains et l'informatique qui les sert, puissent en toute sérénité franchir la porte du 21ème siècle. |
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IDDN.FR.010.0000770.000.R.A.1998.026.40100
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