DISTANCIATION - Contributions au n° 200


AU NOM DU SENS...
IDDN Certification

par Jean-Jacques RAYNEL
Avocat

Vingt ans, c'est l'âge de toutes les audaces et de tous les possibles et c'est aussi l'âge adulte. Rien dans les relations que j'ai le plaisir d'entretenir avec l'équipe d'"Expertises" ne dément cette impression de dynamisme et d'équilibre. "Le mensuel du droit de l'informatique" qui partagea pendant deux décennies toutes les préoccupations liées à l'émergence de la société "informationnelle", qui fut de tous les débats importants, de toutes les avancées, s'est adjoint le multimédia, chemin faisant et en toute légitimité.

"Informationnelle" ou "communicationnelle", cette évolution de la société renverrait Guy Debord et sa critique radicale de la "Société du spectacle" aux archives papier d'un rayon poussiéreux de bibliothèque.

Entendant les multiples échos vibrant des incantations révolutionnaires et les pathétiques dénonciations des risques liés à une aventure utopique, amusé par la mégalomanie narcissique des déclarations d'indépendance du cyberespace, entre "l'extase et l'effroi", entre l'invocation de l'enfer et du paradis, y a-t-il place pour une compréhension qui permette d'anticiper ?

Puisque "Dieu créa l'Internet" et que le Christ, s'il vivait de nos jours, s'y trouverait - selon l'ecclésiale parole de Monseigneur Gaillot, grand praticien des médias devant l'Eternel - faut-il "croire" afin de comprendre, comme le préconisait Saint Augustin, la compréhension étant alors la récompense de la foi ?

Y a-t-il place pour une sereine espérance dans le système qui se met en place ? Système dans lequel les images, les écrits, les paroles, les informations sont omniprésents mais n'ont jamais, peut-être, autant manifesté la vacuité des êtres et l'insignifiance de leurs préoccupations. Système dans lequel "quand un seul chien se met à aboyer à une ombre, dix mille chiens en font une réalité" (Ciorian).

Comment s'appelait déjà ce philosophe américain qui prétendait, il y a quelque années, que le premier pas de toute démarche spirituelle consistait à mettre à la poubelle son téléviseur ?

Que les nouvelles technologies de l'information et de la télécommunication (NTIC) suscitent une problématique liée aux infrastructures techniques ne doit pas dissimuler que c'est par "les contenus" que nous préserverons notre identité culturelle et notre âme. Une âme latine et créatrice d'autant plus apte à séduire à "l'ère du vide" qu'elle est porteuse de sens et de charme. La superbe définition que Camus donne du charme : "une certaine façon de s'entendre répondre oui sans avoir posé aucune question claire", n'exclut pas que le charme puisse se susciter, se développer et même se gérer.

L'identité culturelle française et européenne, expression d'une spiritualité, d'une sensualité, d'un bien-être et d'un savoir-vivre s'avère fort heureusement plus forte que ceux qui en ont politiquement assumé la gestion. Il y a là une raison d'être optimiste.

Quant aux juristes, ils ont la chance d'un plaisir procuré par une nouvelle approche des questions et par un renouvellement des disciplines. Le jour n'est pas encore venu où nous vivrons de nos rentes. Tant mieux, les rentiers sont tristes même lorsqu'ils réchauffent leurs os au soleil de la Côte d'Azur.



IDDN.FR.010.0000755.000.R.A.1998.026.40100


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